Repair café : ne jetez plus, réparez !

En avez-vous entendu parler ? Repair Café, c’est la tendance durable du moment ! Après le succès rencontré par ces derniers au Pays-Bas, les « cafés des réparations » poussent comme des champignons sur l’hexagone. On en trouve actuellement 36 en France. Enquête sur ces cafés où « rien ne se jette mais tout se répare » !

> Retrouvez l’interview de David Bourguignon, co-fondateur du Repair Café Marseille à la fin de cet article.

Réparer ses objets plutôt que de les jeter : l’idée lumineuse du repair café !

L’idée est née dans l’esprit de la Néerlandaise Martine Postma, ancienne journaliste. Cette femme, qui a ouvert en 2009 le premier repair Café à Amsterdam, remarque à regret que les gens sont bercés par une culture de « ça ne marche plus, je jette ».

C’est simple, les gens perdent totalement la culture et la notion de la réparation.

Martine Postma

L’objectif lorsqu’elle réfléchit aux « cafés des réparations » ? Donner une deuxième vie aux objets en panne, déchirés, troués et qui filent tout droit à la poubelle !

Elle dessine donc ces cafés aux couleurs de lieux qui mettraient en contact deux groupes de personnes :
• Des réparateurs bénévoles.
• Des gens qui souhaiteraient réparer leurs objets, mais qui ne savent pas comment ni par où commencer.

Car réparer ensemble, c’est l’objectif fondamental de ces cafés ! C’est simple, les rencontres qui y sont organisées sont ouvertes à tous et l’entrée est libre. Pour le matériel et les outils ? Pas de souci à se faire, il est disponible sur place !

Repair Café

Et toutes les réparations possibles et imaginables y passent : vêtements, meubles, appareils électriques, bicyclettes, vaisselle, jouets etc. Les réparateurs bénévoles sont experts en la matière : électriciens, couturières ou encore menuisiers proposent leur aide gratuitement aux « réparateurs de fortune ».

Fil couture

Facile : on apporte nos objets en mauvais état et on se met à l’ouvrage avec des gens qui connaissent le métier. Double avantage : on repart avec l’objet cher à notre cœur réparé et en plus, on apprend ! Mieux encore, si vous n’avez rien en cours à réparer, vous pouvez venir pour regarder et apprendre, mais aussi pour aider les autres !

D’autant que si l’on n’a rien à faire, on ne s’ennuie jamais puisque sur les table de lecture, des ouvrages sur la réparation et le bricolage pour donner des idées ! Un vrai lieu collaboratif et ludique ! Mais aussi une vraie opportunité de redécouvrir nos objets !

Les repair café offrent une deuxième vie à nos objets

C’est un problème récurrent et souvent décrié : l’obsolescence programmée des produits que nous achetons. Même si elle est très difficile à prouver, on note qu’aujourd’hui les produits sont plus fragiles qu’autrefois, ils sont souvent irréparables ou les pièces détachées servant à leur réparation, introuvables. Des faits qui contribuent largement à une obsolescence rapide des produits.

Repair Café

Qui plus est, les Européens jettent beaucoup : selon les statistiques, un européen produit en moyenne 600 kg de déchets par an. Des poubelles qui se trouveraient allégées si nous pensions aux « cafés des réparations ».

Or, pour nombreux d’entre nous, réparer est presque devenu quelque chose de l’autre monde. D’ailleurs, nous ne savons même plus comment faire !

Repair café 1

Le savoir-faire en la matière disparaît petit à petit et souvent, les professionnels qui maîtrisent ces connaissances sont rares et peu sollicités. Mais, le repair café œuvre pour redonner la place qu’elle mérite à la réparation et à ces réparateurs de l’ombre.

En plus, le savoir recommence à circuler et à se transmettre, un réel avantage à exploiter. Car en effet, les objets remis en état sont plus longtemps utilisés et n’encombrent plus inutilement nos poubelles. Ce qui a un effet non-négligeable : la consommation de matières premières et d’énergie nécessaires à la fabrication de nouveaux produits se trouve ainsi réduite. Et les émissions de CO2 également.

Enfin, autre effet positif : le repair café permet aux gens de voir autrement ce qu’ils possèdent et d’en (re)découvrir la vraie valeur. Cela encourage un changement au niveau des façons de penser, et tend à modeler la société pour l’ouvrir au durable.

Le repair café : concurrent des réparateurs professionnels ?

La question est parfois soulevée : la réparation bénévole et gratuite de nos objets ne fait-elle pas de l’ombre aux réparateurs professionnels ? Au contraire, les gens qui participent aux réunions repair café sont en général ceux qui jettent sans se poser vraiment la question de la réparation possible. Ce ne sont pas des clients de réparateurs professionnels et ils avouent jeter généralement les choses cassées de façon immédiate, car les faire réparer serait trop cher.

Repair café 2

Qui plus est, ces rencontres se révèlent être un atout pour les réparateurs professionnels car elles leur apportent une visibilité, qu’ils avaient perdue depuis longtemps. Avec le repair café, la notion de « réparation », visiblement oubliée, est remise au goût du jour. Et souvent, les visiteurs sont orientés vers les quelques réparateurs qui sont encore en exercice lorsqu’ils souhaitent faire réparer leurs objets.

Ainsi, ce système est bénéfique à tous : au consommateur qui redonne une vie à son objet, aux réparateurs professionnels qui trouvent une nouvelle visibilité et à nos poubelles, qui sont moins encombrées !

Repair café : un modèle économique en pleine expansion

Au départ, il s’agissait d’une simple initiative locale à Amsterdam. Mais le succès inattendu a été au-delà des espérances de Martine Postma. Désormais, elle travaille donc à plein temps pour la fondation « Café des réparations », qu’elle a créé en 2010.

Repair café 3

Cette dernière, subventionnée par l’Etat est chargée de conseiller les bénévoles qui veulent monter un « repair café ».

Organisé selon des permanences bien réglées (un après-midi par mois ou deux soirées par semaine), le repair café est indépendant, notamment au niveau du financement et du recrutement des bénévoles. Le matériel est récupéré ou appartient aux réparateurs et généralement, le local est mis à disposition par la commune ou loué à un particulier.

Il faut noter que l’objectif initial était de créer dix-huit « cafés des réparations » aux Pays-Bas d’ici à fin 2013. 2 ans plus tard, il en existe aujourd’hui pas moins de 253 ! Un véritable succès ! En France, il y en a déjà trente-six. Une idée fleurissante qui enthousiasme sa conceptrice : elle rêve même d’un « café » dans chacune des 415 communes des Pays-Bas. Une évolution à suivre de près dans nos contrées françaises !

> Interview de David Bourguignon, co-fondateur du Repair Café Marseille (propos recueillis par Eva Souto)

Eva – Vous êtes co-fondateur du Repair Café Marseille : pouvez-vous nous dire pourquoi vous vous êtes lancé dans l’aventure ?

David Bourguignon Repair Café

Il s’agit d’une initiative de l’association « Les énergiques », développée dans le cadre d’un projet cofinancé par la Région PACA dans le domaine de la transition énergétique. En effet, cette transition nécessaire ne concerne pas uniquement l’augmentation de la production d’énergie renouvelable, mais également la réduction de la consommation d’énergie dans tous les domaines d’activité.

Ainsi, au-delà des usages bien connus, comme le chauffage domestique ou la mobilité urbaine, la fabrication, la distribution et la destruction des objets du quotidien sont également des postes importants de consommation d’énergie ainsi que de nombreuses autres ressources.

Cette énergie, dite « grise » car difficile à mesurer, est donc consommée à chaque fois que nous achetons ou jetons un objet manufacturé. Nous avons trouvé que le mouvement international des Repair Cafés relevait ce défi de manière sympathique et conviviale.

Pouvez-vous nous expliquer concrètement le fonctionnement de votre Repair Café (horaires, jour d’ouverture, animations, etc.) ?

Une des particularités du Repair Café Marseille est de pratiquer l’itinérance : nos prochains ateliers en mars auront lieu en centre-ville, mais nous en avons également organisés en 2014 sur le campus de Luminy, à la Friche La Belle de Mai et nous souhaitons animer en 2015 des ateliers dans de nouveaux endroits, les plus accessibles possibles.

Notre site web RepairCafeMarseille.fr est un outil qui permet aux réparateurs de mettre sur pied leur prochain atelier en choisissant un créneau dans un lieu partenaire, puis de communiquer cette information aux personnes inscrites sur le site (nous diffusons également les annonces sur notre page Facebook). Les participants peuvent alors réserver une place dans l’atelier de leur choix : la plupart sont rapidement complets car nous privilégions les ateliers de petite taille, que nous trouvons plus conviviaux.

Les thèmes des ateliers sont très divers : on peut y réparer les vêtements, les appareils électriques et électroniques, les jouets, etc. Certains ateliers sont généralistes, d’autres sont spécialisés. Les ateliers peuvent être de plusieurs types en fonction des objectifs poursuivis : un atelier classique aura pour but de permettre aux participants de réparer leurs objets cassés avec l’aide de réparateurs bénévoles ; un atelier de formation sera organisé par un réparateur référent et réservé à des apprentis-réparateurs…

Notre premier atelier de formation au diagnostic de la gravité des pannes, organisé par un réparateur professionnel en électroménager, aura lieu le 11 mars 2015 et il est déjà complet !

Dans la pratique, chaque citoyen peut créer un Repair Café, n’est-ce pas ? Est-ce quelque chose de facile ou rencontre-t-on des embûches (locaux, réparateurs, public, etc.) ?

Ouvrir un Repair Café, comme toute initiative, nécessite du temps et de l’énergie ! Il n’y a pas d’embûches particulières sur le chemin, mais il est conseillé de contacter des Repair Cafés déjà ouverts pour se faire aider. En Région PACA, le Repair Café Sophia, extrêmement dynamique, est l’un des pionniers du mouvement des Repair Cafés en France.

Ensuite, il est conseillé d’être soi-même un peu réparateur (mais pas forcément généraliste) ou de connaître des gens qui aiment cela. Le reste est propre à chaque situation : on n’organise pas des ateliers de réparation de la même manière partout, et cette diversité est précieuse !

Comment peut-on créer un Repair Café ?

La première étape est de contacter la Fondation Repair Café (située à Amsterdam, aux Pays-Bas) via leur site web RepairCafe.org afin d’obtenir une documentation et d’être référencé, contre une somme forfaitaire modique.

Ensuite, il est conseillé de se placer dans un cadre associatif, notamment pour des questions d’assurance des réparateurs, soit en partenariat avec une ou plusieurs associations existantes, soit en créant une association spécifique.

Enfin, comme pour tout événement, il faut trouver un ou plusieurs lieux, définir des horaires, et ne pas oublier de le faire savoir autour de soi et dans les cercles intéressés !

Pouvez-vous nous faire un retour d’expérience depuis la création de votre Repair Café à Marseille ? (Niveau de fréquentation, satisfaction des personnes qui viennent réparer leurs objets, …)

Nous sommes encore très jeunes : nous avons organisé notre premier atelier le 2 octobre 2014, mais à raison de deux ateliers par mois environ, rassemblant cinq à dix personnes à chaque fois, nous avons déjà un peu de recul. Oui, les gens sont intéressés ! Cependant, le succès d’un atelier en particulier dépend beaucoup du lieu et de l’horaire choisi. Il nous faudra donc privilégier des options qui peuvent rendre service à tout le monde.

Remarquez-vous un engouement croissant du public sur la question de la lutte contre l’obsolescence programmée et pour le recours plus fréquent à la réparation ?

Il est difficile de répondre à votre question. D’un côté, il y a effectivement un engouement médiatique pour le thème de la réparation et de l’obsolescence programmée, qui fait régulièrement la une des journaux et les audiences des émissions télévisées. De l’autre, on ne constate pas de diminution significative du tonnage des déchets de vêtements, d’équipement électrique et électronique, etc., bien au contraire.

Les objets considérés dans les Repair Cafés sont donc d’abord ceux qui ne sont généralement plus réparés à cause de leur faible valeur marchande : prenons l’exemple du grille-pain vendu 15 euros dans un supermarché, dont un composant (un condensateur à 5 centimes) vient de lâcher, ou bien du pantalon acheté 5 euros chez une grande enseigne, dont une poche arrière vient de se découdre. Ces objets ne constituent pas actuellement le marché des réparateurs professionnels, pour la simple raison que leur prix d’achat est inférieur à celui d’une prestation de réparation.

Par contre, ces objets, une fois jetés puis enfouis ou incinérés, ont un coût non négligeable pour les contribuables : en France, on a dépensé 8 milliards d’euros en 2012 (source : Fédération nationale des professionnels du déchet) pour traiter l’ensemble des déchets, ceci sans compter, bien sûr, le coût indirect bien plus important des conséquences à long terme des résidus toxiques de ces déchets, comme la pollution des nappes phréatiques et les impacts sur la santé publique.

À ma connaissance, la France est le pays d’Europe avec le plus grand nombre de supermarchés et d’incinérateurs par habitant. La situation actuelle est donc la conséquence des choix de société qui ont été faits depuis plusieurs décennies.

Comme le dit très bien Martine Postma, la journaliste néerlandaise fondatrice du mouvement des Repair Cafés, il faut aussi plaider sans relâche pour corriger l’erreur fondamentale de notre système fiscal : en taxant le travail sans taxer les conséquences environnementales de celui-ci (les déchets dus à l’obsolescence programmée, par exemple) nous récupérons… des chômeurs et de la pollution ! Nous pourrions certainement mieux faire, en 2015.

Avez-vous des projets pour développer l’action de votre Repair Café ?

Bien sûr ! Nous souhaitons tout d’abord montrer qu’il existe localement des artisans réparateurs compétents, et les faire connaître. Acheter et jeter des objets de médiocre qualité revient bien plus cher que de réparer de temps à autre des objets de qualité, mais encore faut-il savoir où s’adresser… Nous collaborons déjà avec le Repair Café Pays d’Aix, qui utilise notre site web pour organiser ses ateliers, et nous avons des projets similaires sur d’autres communes proches de Marseille. L’idée est de s’entraider entre Repair Cafés, afin d’organiser des événements les plus réguliers et les plus proches possibles des gens.

Nous souhaitons entamer de nouvelles collaborations avec des associations qui travaillent sur des thèmes apparentés, comme le CERCLL, qui va prochainement animer avec nous un atelier de réparation du matériel informatique et des logiciels.

Nous cherchons évidemment à étoffer notre équipe de réparateurs afin d’organiser des ateliers plus fréquents, dans un plus grand nombre d’endroits : amateurs passionnés ou bien professionnels désireux de se faire connaître par de nouveaux publics, actifs ou retraités, spécialistes de la machine à coudre ou du fer à souder, tout le monde est le bienvenu !

En guise de conclusion, j’aurais un dernier mot à destination des personnes hésitantes. Vous désirez en savoir plus ? Il vous suffit de vous rendre sur le site web RepairCafeMarseille.fr dans les rubriques « Espace réparateur » ou « Espace participant »… À bientôt !

> Vous souhaitez ouvrir votre repair café ? L’association Stichting Repair Café aide des groupes locaux en Europe à mettre sur pied leur propre Repair Café. Le site http://www.repaircafe.fr/ vous informe sur toutes les manifestations dans les « cafés des réparations » et sur leur localisation. 

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Une réflexion sur “Repair café : ne jetez plus, réparez !

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